une fille qui aime les filles et qui se cherche, qui essaie de tracer son petit bout de chemin...
Là il y a quelqu'un(e) qui s'avance et qui dit, dans l'anonymat d'un blog, pour déposer ces mots quelquepart, parce que ce n'est pas bon de garder plein de mots à l'intérieur, mais ce quelqu'un(e) ne veut pas non plus les éparpiller n'importe comment. C'est des mots dont il faut prendre soin, parce qu'ils sont un peu fragiles, il ne faut pas les brusquer, ils sont un peu tranchants, il faut faire attention à les prendre correctement, sur la face lisse, et les manipuler doucement pour ne rien déchirer. Ces mots semblent dangereux au quelq'un(e) qu'ils habitent, mais il faut les comprendre, ils essaient juste d'exister, d'être, derrière la peur qui les enveloppe il y a des bons sentiments. Alors voilà, ce quelqu'un(e) dit :
"Comment dire, mémé, comment décrire, le malaise dans lequel tu m'as mise quand il y a quelques semaines tu m'as encensée en me présentant à ta voisine? Comment dire que cet éloge, ça voulait presque dire je t'aime, et que ça, je ne peux pas le supporter, je ne veux pas, pas dans cette famille qui est la mienne? Comment dire que je préfère le supposer, cet amour, que je peux t'envoyer des jolies cartes, être là pour toi et t'emmener te promener au bord de la mer, mais que, surtout, surtout, je ne veux pas qu'il soit dit? Comment dire que de le sentir un peu trop, de l'entendre, ça me donne envie de ne pas être là, d'être partout ailleurs mais surtout pas là? Comment dire que votre amour, à vous tous, il m'agresse, il me gêne, qu'avec vous, non, ce n'est pas possible? Comment dire que ça me fait mal, de sentir ça, que je ne sais même pas bien l'expliquer, et comment dire qu'en même temps je sais que je n'y peux rien? Que ça me perfore à l'intérieur mais que c'est comme ça que je le sens? Comment dire que j'ai besoin de me créer mon espace respirable à moi, pas trop proche de vous? Comment dire que j'ai l'impression que, sans arrêt, malgré tous les efforts, on s'écorche les uns les autres? Comment dire que je ne me vautrerai jamais dans un amour familial confortable, ou bien alors dans une famille que moi j'aurais créée? Comment dire que ça me fait mal, que je vois les enfants tristes qu'ils sont, mes parents, que je vois qu'ils font des efforts, et que je ne peux pas, je ne peux vraiment pas faire autrement? Comment dire que je ne peux pas avoir de vraie relation avec mon frère et ma soeur, comment dire la pudeur qui nous sépare, peut-être parce qu'on traîne le même bagage un peu flou?
Même si le dernier week-end que j'ai passé chez eux était vraiment sympa, il n'en reste pas moins que... Voilà. Comment dire que je suis heureuse, bien qu'un peu étonnée, qu'ils me soutiennent comme ils le font en ce moment, mais qu'avec eux je marche toujours sur des oeufs? Comment dire que je n'ai que ce que j'ai à leur donner? A vous donner?
Alors s'il-te-plaît, mémé, ne me dis pas ces mots-là..."