Je ne peux pas vous (je dis vous, je sais bien que personne ne me lit, c'est écrit sur les statistiques de mon blog, mais si jamais un lecteur venait à passer par là...) parler de moi sans parler de M. C'est mon premier grand amour, la fille qui m'a reconnectée au monde à un moment où je m'enlisais dans une asociabilité plus que poussée. Elle m'a apprise la vraie proximité, le vrai échange. Aujourd'hui je le sais, je l'ai presque tout de suite regardée avec des yeux d'amoureuse transie. Elle a touché mon âme, m'a extirpée de cette anesthésie qui, avant de la rencontrer, m'a fait traverser les années, surfer sur le temps qui passe avec ennui. Elle disait souvent de moi, avec justesse, que je ressemblais à un enfant qui découvre le monde. Je dis avec justesse parce que c'est vrai, j'ai redécouvert le monde à travers son regard. Moi qui n'avais jamais prêté d'intérêt aux paysages (et pourtant j'ai eu l'occasion d'en voir de beaux dans mon enfance), je découvrais, avec elle, la magie d'un coucher de soleil, d'un ciel nuageux, d'une mer déchaînée, la beauté d'un arbre. Et même pas que la nature, elle m'a appris à tout voir avec mes yeux. Je veux dire, à regarder vraiment. J'aimais les conversations sans fin jusque tard dans la nuit, les balades nocturnes au bord de la mer, les massages, son absence de pudeur et son rapport si sain et naturel au corps, les ciné avec ses parents, nos grasses mat' et nos siestes, chanter et danser dans la rue, nos gestes de tendresse. J'aimais entendre dire de nous qu'on était comme un petit couple, j'aimais qu'elle m'appelle "mon amour d'amie" et même une fois "mon amour" après un mail qui l'a particulièrement touché. J'aimais nos échanges de lettres et ses demandes en mariage sur le ton de la plaisanterie, j'aimais entourer sa taille de mes jambes pour m'accrocher quand on jouait à se couler. J'aimais nos rêves de voyages, j'aimais l'idée de partir à l'aventure avec elle, je l'aurais suivie n'importe où. Elle n'aurait eu qu'à le demander. Avec elle, pour la première fois, je me sentais libre. Chaque minute passée avec elle, c'était du bonheur en barre.
J'aurais juré qu'elle ressentait la même chose que moi, je ne crois pas avoir imaginé ce baiser insistant sur la joue, cette question au milieu de rien sur le fait que je me sois posée la question, moi aussi, de "changer de bord". Ou, bien plus tard, cet aveux après 15 jours de vacances en Espagne, "maintenant je sais que je n'ai pas d'ambiguïté par rapport à toi". Ca veut dire qu'elle s'est bien posée la question. Mais je n'imagine pas qu'elle ai, un jour, accepté l'idée de vivre une relation amoureuse avec une fille. J'ai nié moi aussi au début, puis j'ai bien dû me l'avouer et l'avouer à mon entourage. Aujourd'hui j'ai fait le deuil de cette relation, j'ai recommencé à la cotoyer et il n'y a plus aucune ambiguité, c'est comme si c'était une personne différente pour moi, c'est vraiment bizarre de la voir aussi différement, la M. que j'ai aimé n'existe plus à mes yeux. C'est un premier amour qui, donc, n'a jamais été vraiment concret même s'il a été plus que palpable, j'ai l'impression d'avoir effleuré du doigt quelque chose de merveilleux sans jamais pouvoir l'atteindre. Je ne me voyais pas partager ma vie avec quelqu'un d'autre, c'était vraiment impossible à imaginer pour moi, et pourtant j'ai vécu une autre histoire depuis (Tout ça s'étale sur plusieurs années, j'ai rencontré M. au milieu du lycée, j'ai aujourd'hui 23 ans). Comme quoi, tout est possible.